Troubles cognitifs

Les violences et les troubles psychotraumatiques qui en sont la conséquence sont souvent à l'origine de troubles cognitifs importants chez les victimes. Ces troubles cognitifs représentent un lourd handicap, ils rendent difficile la vie intellectuelle, scolaire, professionnelle et relationnelle, et sont un facteur d'échec et de souffrance. Chez les victimes, ils sont aussi à l'origine d'une méconnaissance de leur histoire, avec des périodes d'amnésie plus ou moins longues, à l’origine de doutes sur la réalité des violences avec un risque de banalisation. Quand ces troubles cognitifs sont méconnus par les proches des victimes et par les professionnels qui les prennent en charge, ils peuvent être à l'origine d'une non-prise en compte et d'une non-reconnaissance des violences et de leur réalité, voire d'un déni, et interférer gravement dans le traitement policier et judiciaire des violences, avec des enquêtes incomplètes, des affaires classées, des non-lieux et des dénis de justice.

Ces troubles cognitifs se déclinent en troubles de la mémoire, en troubles de la concentration et de l'attention, mais aussi en troubles de la conscience, de l'identité et de l'orientation temporo-spatiale.

Troubles de la mémoire

Les amnésies sont de quatre types : les amnésies traumatiques lacunaires, les amnésies physiologiques liées à l'âge, à la prise de toxiques ou à la démence, les amnésies psychogènes, et les amnésies traumatiques dissociatives :

  • les amnésies traumatiques lacunaires sont directement dues aux phénomènes de stress extrême et de survoltage émotionnel qui entraînent un risque neurologique par excès de sécrétion de cortisol, le cortisol étant neurotoxique à haute dose. Ce survoltage, avant que la disjonction de sauvegarde ne soit déclenchée par le cerveau, peut entraîner des atteintes neurologiques importantes avec des pertes neuronales qui peuvent aller jusqu'à 30% des neurones de certaines structures cérébrales (hippocampe, cortex cingulaire, cortex frontal), et être à à l'origine de crises d'épilepsie avec ou sans perte de connaissance et avec amnésie lacunaire. Ces amnésies qui sont des ictus amnésiques lacunaires dus à la souffrance neurologique expliquent les "trous noirs" décrits par les victimes. Elles sont assimilables aux amnésies après traumatismes crâniens. Elles peuvent englober un temps de quelques secondes, quelques minutes ou plusieurs heures, et elles peuvent s'étendre aux faits qui ont précédés l'ictus ou le traumatisme. Les atteintes neuronales ne sont cependant pas définitives ; avec la prise en charge et un traitement spécialisé de la mémoire traumatique, il peut y avoir une neurogénèse (naissance de nouveaux neurones) et une poussée dendritique dans les zones atteintes, et certains faits pourront être retraités par l'hippocampe et devenir une mémoire autobiographique.
  • les amnésies physiologiques sont liées à l'âge, à la prise de toxiques ou à des démences. Avant 2-3 ans, un enfant n'a pas de mémoire autobiographique, cela est dû à une immaturité de son circuit d'intégration de la mémoire, particulièrement de l'hippocampe qui est assimilable à un logiciel permettant de traiter des faits biographiques, de les encoder, de les stocker dans le "disque dur" du cerveau et donnant la possibilité d’aller les rechercher ensuite pour s'en souvenir. L'enfant de moins de 2-3 ans est dépendant des adultes pour avoir accès à son histoire, exceptionnellement il peut avoir des souvenirs qui remontent à 12-18 mois, en revanche il a une mémoire émotionnelle somatique et sensorielle qui fonctionne. Par conséquent, s’il a subi des violences il n’en a pas de mémoire autobiographique, mais il en a une mémoire traumatique somatique (douleurs, perceptions), émotionnelle (peur, angoisses), sensorielle (flash-back, "hallucinations" visuelles, auditives, olfactives, cénesthésiques). De même pour une personne qui s'est retrouvée sous l'emprise de toxiques à hautes doses (GBH, et autres benzodiazépines et psychotropes, alcool, drogues) ou dans un état de démence, l'hippocampe peut être momentanément déconnecté ou altéré, les faits ne pourront pas être traités et il n'y aura pas de souvenirs autobiographiques, mais là aussi il y aura en revanche une mémoire émotionnelle traumatique.
  • les amnésies psychogènes sont dues à plusieurs causes qui sont d’une part le silence et le déni de l'entourage qui ne reparle jamais des violences, fait comme si elles n'avaient jamais existé ou impose à la victime de se taire, exerçant une pression psychologique pour qu'elle ne repense pas aux violences et génèrant des doutes quant à leur existence ; d’autre part les processus de survie mis en place par la victime pour échapper à une souffrance intolérable. Ces amnésies psychogènes sont alors défensives et font partie des stratégies de survie et d'auto-traitement de la mémoire traumatique. Elles sont dues alors aux conduites d'évitement (évitement de la pensée, évitement de tout ce qui pourrait rappeler les violences, et à l'inverse concentration sur des scénario imaginaires, des préoccupations monomaniaques intellectuelles, ludiques, sportives, etc.), de contrôle (contrôle de soi, contrôle d'autrui, contrôle de l'environnement pour que rien ne dérange les processus d'évitement) et d'hypervigilance. Ces processus de survie peuvent aboutir à une amnésie psychogène efficace qui peut être totale ou partielle sur les faits et les détails les plus intolérables. Cette amnésie psychogène défensive peut durer des années, et elle peut être à éclipse. Souvent les souvenirs peuvent revenir par bribes ou même complètement lors de faits ayant un impact émotionnel très intense et fortement liés symboliquement aux violences, comme une rencontre amoureuse, une naissance, un enfant qui a l'âge que l'on avait au moment des violences, un accident, une maladie, un décès, une nouvelle agression, mais aussi lors de soins, de questions posées sur l'existence de violences, lors de situation de sécurisation et de confiance, etc.
  • les amnésies traumatiques dissociatives complètes ou parcellaires sont un phénomène fréquent chez les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, elle font partie de ces conséquences psychotraumatiques des violences dont le législateur devrait mieux tenir compte. De très nombreuses études cliniques ont décrit ce phénomène qui est connu depuis le début du XXe siècle et qui avait été décrit chez des soldats traumatisés qui étaient amnésiques des combats.
    C’est chez les victimes de violences sexuelles dans l’enfance que l’on retrouve le plus d’amnésies traumatiques. Ce phénomène peut perdurer de nombreuses années, voire des décennies. 59,3% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance ont des périodes d’amnésie totale ou parcellaire (Brière, 1993). Des études prospectives aux États-Unis (Williams, 1995, Widom, 1996) ont montré que 17 ans et 20 ans après avoir été reçues en consultation dans un service d’urgence pédiatrique, pour des violences sexuelles qui avaient été répertoriés dans un dossier, 38% des jeunes femmes interrogées pour la première étude et 40% pour l’autre ne se rappelaient plus du tout les agressions sexuelles qu’elles avaient subies enfant. Ces amnésies étaient fortement corrélées au fait que l’agresseur était un proche parent que la victime côtoyait au jour le jour, et que les violences avaient été particulièrement brutales.
    De même dans notre enquête IVSEA de 2015 : Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte, plus d’un tiers (37%) des victimes mineur-e-s au moment des faits rapportent avoir présenté une période d’amnésie traumatique après les violences, ce chiffre monte à 46%, soit près de la moitié d’entres elles, lorsque les violences sexuelles ont été commises par un membre de la famille. Ces amnésies traumatiques peuvent durer jusqu’à 40 ans et même plus longtemps dans 1% des cas. Elles ont duré entre 21 et 40 ans pour 11% des victimes, entre 6 et 20 ans pour 29% d’entre elles et de moins de 1 ans à 5 ans pour 42% d’entre elles.
    Toutes les études montraient également que les souvenirs retrouvés étaient fiables et en tout point comparables avec des souvenirs traumatiques qui avaient été toujours présents chez d’autres victimes, et qu’ils réapparaissaient le plus souvent brutalement et de façon non contrôlée "comme une bombe atomique", avec de multiples détails très précis et accompagnés d’une détresse, d’un sentiments d’effroi, de sidération et de sensations strictement abominables.
    Le mécanisme en cause de ces amnésies traumatiques est avant tout un mécanisme dissociatif de sauvegarde que le cerveau déclenche pour se protéger de la terreur et du stress extrême générés par les violences, ce mécanisme qui fait disjoncter les circuits émotionnels et de la mémoire, et entraîne des troubles de la mémoire, va faire co-exister chez la victime des phases d’amnésie dissociative et des phases d’hypermnésie traumatique.
    Cette disjonction s’accompagne d’un sentiment d'étrangeté, d’irréalité et de dépersonnalisation, comme si la victime devenait spectatrice de la situation puisqu'elle la perçoit sans émotion. Parallèlement à la disjonction du circuit émotionnel, se produit une disjonction du circuit de la mémoire. La mémoire sensorielle et émotionnelle de l’événement contenue dans l’amygdale cérébrale est isolée de l'hippocampe (une autre structure cérébrale qui gère la mémoire et le repérage temporo-spatial, sans elle aucun souvenir ne peut être mémorisé, ni remémoré, ni temporalisé). Lors de la disjonction l'hippocampe ne peut pas faire son travail d'encodage et de stockage de la mémoire, celle-ci reste dans l'amygdale sans être traitée, ni transformée en mémoire autobiographique. Cette mémoire émotionnelle, "boîte noire des violences" piégée hors du temps et de la conscience est la mémoire traumatique (Salmona M., 2012).
    Tant qu’il y aura disjonction et dissociation, la mémoire traumatique sera déconnectée et la victime n’aura pas accès aux événements traumatiques, suivant l’intensité de la dissociation elle pourra en être amnésique partiellement ou totalement. Mais si la dissociation disparaît, ce qui peut se produire quand la victime est enfin sécurisée et n’est plus en permanence confrontée à des violences ou à son agresseur, alors la mémoire traumatique peut se reconnecter et elle peut "s’allumer" lors de liens rappelant les violences. Elle envahit l’espace psychique de la victime lui faisant revivre les violences comme une machine à remonter le temps. Et c’est une torture pour la victime qui sera obligée de mettre en place des stratégies de survie pour essayer d’y échapper : conduites d’évitement de tout ce qui pourrait l’allumer, et conduites dissociantes pour à nouveau la déconnecter et l’anesthésier : drogues, alcool et conduites à risque et mises en danger qui font re-déclencher la disjonction en produisant un stress extrême. La victime va donc osciller entre des périodes de dissociation avec d’importants troubles de la mémoire qui peuvent aller jusqu’à une amnésie complète et des périodes d’activation de la mémoire traumatique où elle va revivre de façon hallucinatoire les violences. Cette mémoire traumatique peut se traiter, les événements traumatiques seront alors intégrés en mémoire autobiographique, mais malheureusement les professionnels ne sont pas formés à la psychotraumatologie et l’immense majorité des victimes de violences sexuelles dans l’enfance sont abandonnées et ne sont ni identifiées, ni protégées ni soignées.
    Cette méconnaissance des phénomènes psychotraumatiques, de la réalité et de la fréquence des violences sexuelles commises sur des mineurs font que les victimes qui ont des réminiscences traumatiques ne sont le plus souvent pas crues. On leur renvoie qu’il s’agit de fantasmes, d’hallucinations rentrant dans le cadre de psychoses, ou bien de faux souvenirs.
    À la fin des années 1990, aux Etats-Unis, au moment où des plaintes ont commencé à être déposées et prises en compte par les tribunaux après des remémorations, une polémique s’est développée autour d’une association (The False Memory Syndrome Foundation) dénonçant ces remémorations comme étant des faux souvenirs induits par des psychothérapeutes. Cette association décrivait même une épidémie de dénonciations de violences sexuelles dans l’enfance basées sur ce "syndrome des faux souvenirs". Cette contestation reposait sur le fait que des traumatismes aussi graves ne pouvaient pas être oubliés et que des thérapeutes trop zélés greffaient ces faux souvenirs chez leurs patients.
    Des scientifiques se sont alors mobilisés pour démontrer que les amnésies traumatiques existaient bel et bien, et qu’elles étaient prouvées par de très nombreuses études dont les études prospectives citées plus haut, et que les souvenirs retrouvés étaient très rarement liés à des remémorations survenues lors de psychothérapies.
    Cet ensemble impressionnant d’études scientifiques (Hopper J., 2015) a permis d’invalider la théorie des "faux souvenirs", et des enquêtes ont pu démontrer que les chiffres avancés par the False Memory Syndrome Foundation pour justifier d’une épidémie de faux souvenirs déclenchés par des thérapies étaient, eux, réellement faux.

En conclusion, ces troubles de la mémoire expliquent que des plaintes pour des violences graves comme des violences sexuelles  puissent être très tardives, et c'est pourquoi les délais de prescription pour les agressions sexuelles sur mineurs (viols, agressions sexuelles avec circonstances aggravantes) ont été considérablement allongées, jusqu’à 20 ans après la majorité, c'est à dire jusqu'à 38 ans. Il est de plus en plus réclamé par les associations, dont la nôtre, que ces faits soient imprescriptibles (comme c'est déjà le cas dans de nombreux pays). Lors de violences répétées dans l'enfance ces amnésies psychogènes peuvent couvrir de longues périodes, voire même entraîner une amnésie de toute l'enfance, presque sans aucun souvenir mobilisable, ce qui entraîne une impression douloureuse d'être sans passé et sans repère.

L’hypermnésie pathologique

La mémoire traumatique, mémoire émotionnelle non consciente post-traumatique fait revivre tout ou partie des situations de violences au moindre lien qui rappelle les violences ou lorsque les faits sont évoqués. Ces allumages envahissent le psychisme de la victime et entraînent des réminiscences sous formes de flash-back, de sensations, d'hallucinations visuelles, auditives, olfactives, sensorielles, de crises d'angoisse et de sentiments soudains d'effroi ou de danger qui immobilisent la victime et la sidèrent à nouveau, et lui font revivre des terreurs, des fausses reconnaissances, des émotions et des sensations vécues lors des violences, à l'identique comme si elles se reproduisaient à nouveau. Ces allumages peuvent aussi entraîner des absences qui sont des équivalents d'épilepsie partielle.
Ces manifestations de la mémoire traumatique sont susceptibles de provoquer des paralysies psychiques et motrices qui empêchent de parler, d'écrire, de bouger, de prendre une décision et elles sont responsables de très importants troubles cognitifs avec des troubles de l'attention, de la concentration et de la mémoire. Ces réminiscences de la mémoire traumatique sont si douloureuses et effroyables qu'elles peuvent empêcher un dépot de plainte ou en interrompre totalement le processus par la mise en place de conduites d'évitement de sauvegarde. C'est ce qui se passe aussi lors de confrontations avec l'agresseur, la victime peut être à nouveau sidérée et envahie par sa mémoire traumatique qui lui fait revivre les violences, et elle peut être à nouveau terrorisée et incapable de parler et de se concentrer, ou gravement dissociée par une disjonction de sauvegarde et se retrouver déconnectée à nouveau, dans un état d'anesthésie émotionnelle et d'indifférence qui lui font ne plus avoir envie de se battre ni d'essayer de prouver quoi que ce soit, elle peut même être alors amenée à se rétracter.

Autres troubles de la mémoire

Ce sont les oublis, les difficultés à mémoriser des apprentissages, les difficultés à se rappeler des noms, des lieux, etc.


Troubles de la concentration et de l'attention

Ils peuvent être très importants, et peuvent être liés à **plusieurs causes **:

  • aux violences elles-mêmes, quand la victime continue de les subir au jour le jour. Elle se retrouve alors en permanence en état d'alerte, d'angoisse et de terreur, ne pensant qu'au danger qu'elle court, et de plus elle est confrontée aux allumages soudains de la mémoire traumatique des violences passées, qui la font basculer dans une autre dimension psychique correspondant au passé traumatique, et la rendent absente de la réalité du moment.
  • **aux conduites d'évitement, de contrôle et d'hypervigilance qu’elle met en place d’une part pour éviter au maximum les situations susceptibles de déclencher des comportements violents chez les agresseurs (stratégies défensives), et d’autre part pour éviter le déclenchement de sa propre mémoire traumatique (éviter des pensées, des situations, des sensations qui pourraient rappeler les violences). Ces conduites obligent la victime à se concentrer sur des pensées, des sensations, des comportements et des activités qu'elle sait sans danger, en développant souvent toute une pensée imaginaire sécurisante et contrôlée qui peut être envahissante avec des scénarios complexes, des personnages que l'on fait vivre et parler, des romans familiaux où la victime se recrée un autre univers, une autre famille, et un autre destin ; ces scénarios permettent de s'abstraire d'une réalité douloureuse et dangereuse, qui oblige la victime à vivre continuellement dans un état d'alerte et de surveillance d'elle-même, des autres et de tout ce qui l'entoure, l'empêchant de se concentrer vraiment sur ses études, son travail, ses lectures, ses conversations, etc.
  • à un état de fatigue chronique lié à l'hypervigilance, aux troubles du sommeil (insomnies, cauchemars), à la souffrance mentale et aux douleurs chroniques.

Troubles de la conscience

Ils consistent en un état de conscience altérée, une confusion, une sensation de d'irréalité et de dépersonnalisation.
Ils sont dus à des symptômes dissociatifs, produits par la disjonction de sauvegarde lors des violences, lors des allumages de la mémoire traumatique, et lors des conduites dissociantes (mises en danger, consommation d'alcool, de drogues, anorexie et boulimie, scénarios imaginaires dissociants, pratiques sportives extrêmes, etc.). Ces symptômes entraînent une anesthésie émotionnelle, qui donne une sensation d'irréalité, de dépersonnalisation, de ne pas être vraiment concerné par ce qui arrive, comme si on était spectateur des violences que l'on a subies et de sa vie (la réalité des violences est bien là mais comme l'anesthésie émotionnelle coupe des émotions, le fait d'en être la victime paraît irréel). La victime peut tenir un discours froid et distant, ou bien être souriante et paraître détachée, ce qui peut déstabiliser les interlocuteurs. La victime doute d'elle-même, de ce qu'elle pense et de ce qu'elle ressent, cet état dissociatif l’empêche de comprendre ses réactions et ses émotions : d’un côté elle sait qu’elle vit ou a vécu des violences graves, mais comme elle est coupée de ses émotions, elle doute de leur gravité et de leur réalité ; de l’autre elle est submergée par des émotions qu’elle ne peut pas relier à des situations précises qui surviennent à l’improviste et qui lui font craindre d’être folle. Cet état de doute et d’incertitude va la rendre confuse, il permet à l’auteur des violences d’exercer une emprise sur elle, de la manipuler et de lui dicter des émotions, de lui imposer des pensées et un rôle dans sa mise en scène. Et il la rend extrêmement sensible aux questions et aux réactions des personnes qui l'entourent, la moindre incrédulité chez un interlocuteur peut la décontenancer, la faire douter et la faire se remettre en question, voire se rétracter.

Ces troubles de la conscience se manifestent par un état de conscience altérée avec des confusions temporo-spatiales qui ont démarré dès le moment des violences lors de la disjonction (l'hippocampe est alors déconnecté, or c'est lui qui permet un repérage temporo-spatial correct) et qui ont perduré ensuite, liées à l'état de dissociation chronique généré par les mécanismes de sauvegarde. Ce sont des difficultés à se repérer dans le temps, dans la chronologie des événements, par rapport à l'heure ou la date exacte. Avec la dissociation, le temps est totalement perturbé, il devient un temps irréel le plus souvent figé, comme s’il ne s'écoulait plus, sans repère. Le cours normal de la vie s'est arrêté avec le viol, les victimes le disent : « c'est comme si j'étais une morte-vivante ». La représentation de l'espace aussi peut être très perturbée, confuse, avec des distorsions des distances et des volumes, de grandes difficultés à se repérer, à se remémorer un trajet, et avec également des difficultés importantes de latéralisation (vision comme dans un miroir).