memoire traumatique et victimologie

La parole aux lecteurs

TÉMOIGNAGES

TÉMOIGNAGE DE MARITÉE, QUÉBEC, CANADA
LETTRE A MON FILS
VIOL DANS LA RELATION DE COUPLE
TÉMOIGNAGE : SOINS INAPPROPRIÉS CHEZ UNE VICTIME DE VIOL
TÉMOIGNAGE : VICTIME D'UN MÉDECIN VIOLEUR EN SÉRIE

TÉMOIGNAGE DE MARITÉE

J’avais toujours cru avoir une enfance heureuse. Enfin, je me rends compte maintenant que c’est ce que ma mère s’était efforcée de me faire croire. J’avais supposément tout pour l’être. J’ai vécu dans l’abondance matérielle, nous avons été gâtés matériellement mon frère et moi en termes de jouets, vêtements, cours de musique et d’art, sports, voyages à tous les étés au bord de la mer. Mon père était un professionnel, ingénieur de formation, bien considéré dans sa communauté, pas alcoolique, toujours à la maison. Seules les études comptaient pour lui et comme je performais à l’école, j’étais sa préférée. J’ai étudié jusqu’au doctorat et ai même fait une partie du cursus pour être médecin. Et pourtant, j’ai toujours été malheureuse, très mal dans ma peau, mélancolique à l’extrême. J’avais l’impression de ne pas avoir le droit d’exister, qu’il me fallait paraître invisible aux yeux des autres, disparaître quoi, me cacher. J’ai fait ma première dépression à l’âge de 16 ans.

À l’adolescence, je me suis éveillée de façon consciente à la sexualité de façon vraiment peu romantique. Je mettais en scène de façon systématique des scénarios extrêmement morbides et sadiques. Je m’enfermais dans ma chambre ou dans la salle de bain, verrouillait la porte à double tour et m’imaginait être totalement à la merci d’un abuseur anonyme, un homme. Mon bourreau faisait tout ce qu’il voulait de moi. Avec ma corde à danser, je m’attachais toujours de la même manière et de façon bizarre. Je m’attachais cette corde à la taille et puis la passait par la vulve plusieurs fois d’avant en arrière, aller-retour, en tirant de toutes mes forces. Par la suite, je me ligotais les jambes et les chevilles pour finalement ressembler à pas mieux qu’un jambon ficelé, un morceau de viande bon à la consommation. Je prenais des positions humiliantes, à genoux, ou encore, couchée à plat ventre sur le plancher froid, juste à côté de la cuvette de la toilette. À d’autres moments, je fabriquais des mécanismes qui faisaient en sorte que la tension de la corde s’intensifiait progressivement entre mes deux jambes. Plus tard, lorsque j’ai eu ce que je pensais être ma première relation sexuelle complète, je me suis mise à rajouter la pénétration vaginale et anale avec toutes sortes d’objets maintenus en place par ces cordes placées de la même façon. Lorsque c’était fini, j’avais la vulve tellement enflammée qu’il me fallait mettre une débarbouillette d’eau froide. En fait, je me sentais comme si l’abuseur m’excisait et m’infibulait de façon symbolique avec des cordes et des objets et que c’était toujours à recommencer pour son plus grand plaisir.

J’avais aussi des rêveries éveillées. Je m’imaginais être victime d’un viol collectif par plusieurs jeunes hommes. L’un d’eux cassait le goulot d’une bouteille de vitre et me l’enfonçait dans le vagin alors que j’avais les poignets et les chevilles liées. Ils riaient et se moquaient de moi. Je m’évanouissais et lorsque je revenais à moi, ils recommençaient ou jouaient aux cartes en me laissant ainsi attachée, baignant dans mon sang. Toujours le même rêve éveillé, toujours le même scénario. Ou encore, j’étais flagellée et je perdais conscience. Mais je me disais que j’étais plus forte que mes bourreaux. Ils avaient mon corps mais n’auraient pas mon âme. Je pouvais m’imaginer cela des heures durant, jusqu’aux petites heures du matin.

Tout cela me plongeait dans une honte et un désarroi incroyables car je savais que c’était anormal et malsain. Je n’en ai jamais parlé à personne car la honte était à son paroxysme. Je me sentais complètement différente des autres et complètement seule, pas en relation avec personne. Et c’était comme un cercle vicieux, car plus je me sentais seule et isolée, malheureuse, plus je le faisais. C’était une véritable drogue. Tant que je n’avais pas passé à l’acte, cela occupait tout le champ de ma conscience. Et après, je ne pouvais plus regarder personne dans les yeux. Et le pire, c’est que je n’avais aucune espèce d’idée de ce qui me poussait à faire des choses aussi sordides et bizarres. Je savais seulement que mon père était un homme extrêmement contrôlant et que mes parents, catholiques très pratiquants (mon père avait même commencé des études de prêtrise), considéraient la sexualité comme dangereuse et répréhensible. Je n’avais aucun souvenir à ce moment-là de toutes les choses sadiques que mon père a pu pratiquer sur moi quand ma mère sortait faire des courses l’après-midi et ce, à partir de l’âge de 2 ans et demi jusqu’à l’âge de 14 ans. Je n’ai eu mon premier souvenir qu’à l’âge de 38 ans. Mais cela n’a pas été suffisant pour arrêter cela. Je sentais qu’il s’était passé autre chose de terrible sans pouvoir mettre le doigt dessus.

Suite à l’annonce de la possibilité que mon père ait abusé de moi, mes thérapeutes et moi avons été victimes d’un véritablement harcèlement de la part de toute ma famille et leurs amis, s’appuyant sur la thèse des faux souvenirs. Même les psychiatres que j’ai consultés parlaient seulement d’inceste « probable ». Ils n’osaient pas se mouiller. Pendant 10 ans, j’ai mis le couvert là-dessus. Je me suis mise à douter tout en souffrant de flashbacks d’une violence inouïe. À tous les jours, et même plusieurs fois par jour, je me mettais à hurler, à pleurer, je me raidissais et me tenais le pubis à deux mains, tout en implorant tout haut mon père de ne pas me faire « cela ». J’étais dans la terreur. Je disjonctais. Et à d’autres moments, je lui demandais : « Pourquoi papa? Pourquoi? », mais sans qu’aucun souvenir visuel ne vienne. Il m’est alors devenu impossible de continuer à travailler. J’ai été mise à la porte d’une grosse multinationale pharmaceutique où j’occupais un emploi bien rémunéré et j’ai fait des tentatives de suicide.

J’ai donc fait du sur place jusqu’à ce que je rencontre une thérapeute qui a vraiment pu m’aider. Elle a été capable de m’accompagner pour plonger revisiter les horreurs que j’avais vécues. Grâce à son expérience et sa compréhension de la problématique, et aux techniques qu’elle utilisait (dont entre autres l’intégration par les mouvements oculaires, une technique proche de l’EMDR), j’ai eu une véritable avalanche de souvenirs. Et tout de suite, les flashbacks ont commencé à diminuer en intensité et en fréquence pour finalement cesser complètement sur une période d’environ 3 ans. Et en même temps, j’ai réalisé toute l’horreur de ce que je me faisais vivre pour rester dissociée. Alors les auto-sévices ont aussi diminué progressivement pour finalement cesser complètement.

Aujourd’hui, à 52 ans, je peux dire que je commence vraiment à VIVRE, car je SAIS, maintenant, tout fait SENS, le puzzle de ma vie est reconstitué et ce n’est plus l’inconscient qui mène ma vie. Je me sens enfin unifiée et non plus « en pièces détachées ». Et « Ma vie en pièces détachées », c’est justement le titre du livre que j’ai écrit sous pseudonyme, sous le nom de Maritée, pour témoigner de cet enfer que j’ai vécu et qui a été récemment préfacé par la Dr Muriel Salmona.

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LETTRE A MON FILS

A toi mon fils j’ai envie de parler Pour toi mon fils j’ai envie de hurler

Tu avais 8 ans. J’ai dû te laisser tout le mois d’août. tu allais faire le tour de la Corse avec ton père. Je n’avais aucun moyen de te joindre. Les portables n’existaient pas. J’étais pétrifiée.
Ton père avait montré une attitude tellement harcelante qu’il avait été privé de droit de visite pendant 2 ans. Il a fait appel du jugement, qu’il a gagné en imitant ton écriture. Chaque fois que je te laissais le week-end, je craignais ta mort. C’était 30 heures d’attente horrible et interminable pour moi.
Quand il a fallu te laisser un mois entier, j’ai cru mourir. Je n’ai jamais été aussi malade, lourde, triste à crever, d’une langueur telle que seule l’eau de Vichy pouvait passer.
Le jugement d’expertise psychiatrique avait déclaré ton père un peu original et ta mère trop anxieuse, et pour cause.
Tu avais 8 ans, des yeux aussi clairs que ceux des anges et tu es revenu les yeux tristes, lointains, éteints. Ton père t’avait incestué, «le pire inceste» m’as-tu dit 10 ans plus tard. En effet ton père t’avais interdit de me le dire, sinon il me tuait. Et tu n’as rien dit.

Tu étais brillant, et toute ta scolarité a été un calvaire. Tu adorais les scouts et tu étais terrorisé la nuit. Tu étais champion de sport mais tu ratais toutes les démonstrations. Tu as connu la profonde dépression. Durant ton adolescence, chaque soir je remerciais le ciel que tu sois en vie. Je t’accompagnais inlassablement sans comprendre le pourquoi. Tu étais si malheureux.
Je n’ai su ce crime immonde que ton père a commis qu’en lisant une de tes lettres laissée sur ton bureau. Tu avais alors 19 ans et tu n’as rien voulu m’en dire. Je l’aurais hurlé, crié, énoncé, dénoncé à la terre entière.
De nos proches, personne de ma famille, et si peu de nos amis intimes, ne nous a écoutés, accompagnés, portés, soutenus. On est resté seul dans mon appartement, toi avec ta souffrance insurmontable, ta difficulté monumentale à imaginer une vie d’étudiant, une vie d'adulte, une vie de travail, et moi à me débattre fort avec un cancer du sein.
Tu as téléphoné à ton père et tu lui as craché toutes ses vérités, toutes ses atrocités, tout ce qu’il t’avait cassé, meurtri, endolori, tué, et tu lui as dit que tu ne voulais plus jamais le revoir.

Je t’ai aimé le plus que j’ai pu. Je t’ai accompagné dans tous tes projets, forçant le positif au maximum, mais tu as traversé des zones glauques, des endroits de très haut risque, des fréquentations si peu équilibrées que tu as été bien longtemps maltraité. J’en ai eu des frayeurs…Tu as beaucoup, beaucoup ramé. Tu as rencontré tellement de pervers sur ta route et c’était si difficile. Tu as même dû quitter des lieux professionnels pourtant chèrement obtenus. Rien n’est gagné. Tu as plein de courage, d’énergie, de vertu mais aussi de fragilité devant la menace qui terrorise. La puissance l’amour n’a pas été anéantie en toi, mais à quel prix.
Nous avons en commun cet amour profond de la vie mais ton père nous l’aura tellement gâchée. Il n’aura pas le dernier mot : je serai toujours là, présente si tu as besoin pour te rassurer et te relancer sur ta voie, celle que tu te traces.
Mais cela suffira-t-il à ton bonheur ? Cela suffira-t-il pour retrouver l’éclat rieur et clair de ton regard ?

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VIOL DANS LA RELATION DE COUPLE

J'ai compris pourquoi j'étais si angoissée. J'ai compris pourquoi je t'avais quitté. J'ai compris pourquoi j'ai vécu des angoisses si fortes dans tout mon corps et mon esprit. Avant, tu voyais des filles, souvent que pour du sexe. Après on s'est rencontré.
Chaque jour, quand on faisait des câlins ou l'amour, tu disais "... il est chiant, il veut toujours plus, il demande trop, il est compliqué." Tu disais "on fait un câlin et t'es pas la, t'es partie en vacances, je te sens pas. j'ai l'impression de te faire peur, je te déranges, j'ai l'impression de te forcer à faire l'amour".
Tout ça, c'est des phrases que tu disais souvent. Moi souvent je disais, je veux pas, tu insistais. Tout ça on l'a vécu.
Donc tu sentais que c'était pas bon ce que tu faisais, mais tu le faisais quand même. Et quand tu forces quelqu'un c'est un viol. Si tu insistes, tu veux des trucs, c'est pas de l'amour. Des fois, on faisait un câlin tu voulais toujours plus, tu insistais, on faisait. Le lendemain, j'étais très angoissée et pourtant, tu recommençais la même chose le lendemain. Tu voulais satisfaire ton plaisir sexuel, tu me respectais pas. En plus, tu sentais que je voulais pas mais tu forçais quand même, tu insistais. La nuit, je faisais souvent des cauchemars que tu me violais, et je n'arrivais pas à dormir.
Tu m'aimais, tu n’aurais jamais dû me forcer et quand en plus, j'ai eu encore plus d'angoisses à cause des problèmes, tu aurais dû dire, "on ne fait plus l'amour puisque ça empire tes angoisses et que ça te fait aller encore plus mal". Tu aurais dû dire ça. Tant que tu ne respecteras pas une fille autant que toi tu veux qu'on te respecte, tu perdras la personne que tu aimes. Tu m'a aimée et c'est toi aussi qui m'a forcée, je ne sais pas si j'arriverai à te pardonner. C'est pas les problèmes qui m'ont fait être angoissée comme ça, c'est que tu me forçais sexuellement. Tu le sais puisque tu le sentais mais tu l'a fait quand même et tu continuais. Maintenant, tu continues à me forcer avec textos, appels, tu ne me respectes pas, tu me forces. Et moi, dès la première fois ou tu m'a forcée, j'aurais dû dire : non. Stop. Mais ça va pas dans ta tête. J'aurais dû tout de suite crier. Parce que moi je ne suis pas un objet sexuel et je n'étais pas la pour satisfaire tes désirs sexuels. La personne qu'on aime, on ne la force pas, on la protège et c'est pour ça que tu m'a perdue.

J'ai mal, je me sens sale, je me sens pleine de haine d'avoir vécu cela. J'ai la haine que le mec qui m'aimait ait pu me faire ça. J'ai la haine de pas avoir plus vite compris. Je suis fatiguée. Je veux que tu me laisses tranquille. Mes angoisses, elles ont été si violentes car tu me forçais et pas à cause de tes problèmes. C'est pas tes problèmes qui m'ont fait être angoissée comme cela. Ne plus dormir, ne plus manger, ne plus arriver à vivre, être toujours stressée. Jamais je n'aurais dû accepter que ce soit mon mec qui me force comme cela. Je ne veux plus que tu m'approches ni que tu m'appelles, et maintenant tu me laisses tranquille et t'arrêtes de me forcer. Tu me laisses tranquille. Je me suis sentie coupable, j'ai remis en cause mon caractère alors que tu me faisais ça, que c'est toi qui a un problème à forcer l'autre. Tant que tu ne changeras pas ton mode de fonctionnement avec les filles, tu perdras la personne que t'aimes. L'amour c'est pas ça, c'est pas forcer.
J'avais donné ma confiance. Je me sens tellement trahie et sale. T'avais pas le droit de me faire subir ça, t'avais pas le droit. Voilà, maintenant, tu me laisses tranquille."

Quand je relis ce texte à l'heure actuelle, je ne pense plus que ce violeur m'a aimée, je pense seulement qu'il me méprisait, mais à l'époque, je le croyais et je lui ai lu cette lettre au téléphone.
Je ne suis pas tombée amoureuse des bons côtés du violeur, il m'a fait croire qu'il était gentil et ouvert alors qu'à ses copains, il disait en arabe que j'étais sa pute ou je ne sais pas quoi d'autre. Ce que je veux dire c'est qu'il a joué la comédie avec moi, pour que j'aie confiance en lui. Je n'ai pas trouvé du bon dans cet individu, par contre j'ai cru aux mensonges quand il disait qu'il était bon, c'est ça la différence. S’il m'avait vraiment aimée, il ne m'aurait pas traitée comme une chienne. Il sait très bien tout ce qu'il m'a fait et à quel point il me détruisait avec l'angoisse des viols mais il ne m'aurait pas quittée, il aurait continué jusqu'à ma mort, donc il ne m'a pas aimée. Il est manipulateur, pour moi il n'a pas de bons côtés, par contre, il m'a fait croire qu'il en avait, et c'est ces côtés bons que je m'imaginais qu'il avait que j'ai aimés, et pas de vrais côtés bons qu'il a. A chaque action qu'il fait, il manipule pour arriver a ses fins, faire croire qu'il est gentil pour que je fasse ce qu'il veut. Mais il n'était pas gentil, il avait pas de bons cotés mais il me faisait croire qu'il en avait. Il me disait je t'aime, t'es ma copine, tu me rends heureux et quand il sortait de chez moi, il disait a ses amis j'ai baisé ma pute, et venez, on va voir d'autres filles. Il fonctionne comme un manipulateur, il fait semblant d'être bon quand ça peut l'avantager.

il ne m'a pas aimée car je sais qu'il parlait a ses amis de moi comme d'une pute, je ne pense pas qu'il soit capable d'aimer une femme car pour lui la femme est inférieure à lui. Pour lui, le couple se résume à ça : dominer la femme et en faire ce qu'il veut. Moi j'ai aimé un mec qui n'existait pas, j'ai aimé le mec qu'il disait être mais qu'il n'était pas. C'est pour ça que je dis qu'il n'a pas de bons cotés et qu'il agit toujours en manipulateur pour arriver a ses buts. Je pense qu'il est capable d'aider une personne dans la rue qui tombe car tout le monde le voit, la il agira, ça flattera son ego, mais je ne pense pas qu'il puisse s'investir à aider quelqu’un sur du long terme. Par contre, il dira qu'il le fait mais il ne le fait pas. Il ment. il vit dans son monde, il ment et utilise les gens comme des objets pour arriver a ses fins : l’argent, le sexe, pas de prison, ses papiers, son travail. Il ne fonctionne pas comme nous, il est lui, toujours dans le mensonge pour obtenir ce qu'il veut.

De plus, le fait de me voir si mal aurait dû le faire partir. Si il m'avait aimée, il m'aurait quittée puisqu'il voyait bien qu'il me détruisait, et je le lui disais. Non, lui il restait car ma souffrance lui donnait de la force. Il voyait son pouvoir, sa domination, il a besoin d'avoir quelqu'un en esclavage pour être bien. Mon angoisse le renforçait et il aimait me voir souffrir. Il ne me parlait jamais de mon angoisse, il n'y a que moi qui en parlait, lui me disait, tu est trop sensible...Il ignorait mon angoisse et ça ne le déprimait pas de me voir dans cet état. Il faisait d'ailleurs comme si je n'étais pas mal, alors qu'il le voyait très bien et je ne faisais que le lui dire. Mon état d'angoisse ne le faisait pas fuir comme il aurait pu faire fuir une personne non manipulatrice à qui ça aurait fait baisser le moral. Lui, ça ne le touchait pas du tout. Intérieurement, je pense que ça lui plaisait. Il se sent bien quand il voit le mal qu'il peut faire à quelqu'un. Une personne non manipulatrice est bien quand elle voit le bien qu'elle fait à la personne qu'elle aime. Lui c'est l'inverse. C'est contrôler, dominer, mettre en esclavage et détruire une personne qui lui donne de la force et fait qu'il se sent important et le meilleur. Il ne cherche pas l'égalité, il cherche à mettre l'autre à ses ordres. Mais il le fait subtilement pour ne pas que l'autre s'en aperçoive. Il aime aussi faire croire à la personne qu'elle est libre et qu'il est sincère, ça lui donne bonne conscience. C'est sa façon de communiquer avec tout le monde et il ne compte pas changer.
Peut être que ça sera plus clair avec cette explication, que non je n'ai pas aimé ses bons côtés, car les bons côtés qu'il disait avoir étaient des mensonges. Par contre j'ai cru à ses mensonges.

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TÉMOIGNAGE : SOINS INAPPROPRIÉS CHEZ UNE VICTIME DE VIOL

Madame,
Je viens de lire vos propositions pour la prise en charge des victimes d’agression sexuelle. Pour la première fois depuis trois ans, j’ai le sentiment que les multiples interrogations que j’ai eu, les certitudes, les choix difficiles apparaissent entre les lignes de vos propositions. Je vais vous apporter mon témoignage de simple maman, puisse-t-il vous aider, être une petite goutte d’eau dans votre action.
Voici trois ans, ma fille cadette alors âgée de 17 ans, a été emmené par sa meilleure amie chez un monsieur de 40 ans qui l’a agressée sexuellement et chez qui elle a été séquestrée, insultée, menacée de mort, une nuit entière. Je vais vous résumer son parcours au niveau de la justice qui, bien que navrant, est malheureusement banal, mais je crois que celui de sa prise en charge médicale vous étonnera peut-être. Quelques mois plus tard, elle s’est confiée à sa sœur puis à moi et elle a porté plainte.
L’enquête a été particulièrement longue, elle a « subi » une première « expertise » par un psychologue qui mit en cause la parole de ma fille, lors d’un entretien qui se déroula porte ouverte. Il a fallu attendre deux ans pour que l’agresseur soit entendu puis relâché.
Durant la première année, ma fille a été déscolarisée et a passé son bac sans avoir été en cours. Elle a ensuite voulu entamer une année de droit puis une année de lettres mais son état de santé l’a contrainte à abandonner. Les événements liés à l’enquête, confrontations, convocations… la rattrapaient toujours. L’an passé elle a reçu l’avis de classement sans suite, puis le dossier de l’enquête avant de décider de faire appel. Cela fait maintenant un an et elle vient d’être convoquée chez le juge d’instruction et elle ne pense plus être en mesure de poursuivre plus loin l’action judiciaire pour des raisons de santé.
Durant la première année ma fille a commencé à développer tous les symptômes qui sont décrits sur votre site : stress, insomnie, cauchemars, souvenirs intempestifs, elle entendait ou revivait son agression et toutes les agressions de l’enquête, confrontations etc.. Pendant longtemps elle m’a dissimulé ces troubles qui l’effrayaient. Elle a rencontré psychologue, psychiatre sans avoir l’écoute qui lui convenait pendant deux ans. Les traitements à base d’antidépresseurs ne semblaient pas l’aider ou du moins pas suffisamment. Au bout de deux ans, dans le cadre d’une association d’aide aux victimes, elle a enfin rencontré la psychologue qui la suit depuis plus d’un an.
Après avoir eu l’avis de classement sans suite et après avoir demandé la réouverture du dossier, l’anxiété de ma fille s’est accrue considérablement et elle a fait une tentative de suicide en prenant des médicaments quelques jours avant l’anniversaire de ses 20 ans. Je l’ai emmenée aux urgences, on me dit très vite qu’elle était hors de danger mais sa sœur et moi n’avons pas eu le droit de la voir. Le psychiatre responsable du service psychiatrie nous a rencontrées pour nous expliquer le « protocole » : « En cas de tentative de suicide le patient est isolé de sa famille ». Nous avons tenté de lui expliquer les circonstances de son geste et nous lui avons dit également qu’elle devait sans doute demander à nous voir et que cela la rassurerait. Ce monsieur nous a affirmé que ma fille avait accepté de se faire hospitaliser et qu’elle ne demandait pas à nous voir. Sa sœur et moi-même avions conscience de la nécessité d’une prise en charge mais il nous semblait inconcevable de la priver de sa famille en des moments si difficiles. Sa sœur aînée a dit au psychiatre : « Mais c’est le classement sans suite, les témoignages qui ont déclenché cela, ma sœur allait mieux, elle avait même des amis à la faculté. » Il lui fut répondu : « Si elle était morte, elle n’aurait plus d’amis, plus de famille, et puis cela n’a pas empêché qu’elle fasse une tentative de suicide. »
Nous avons pendant la nuit cherché une solution et le lendemain nous avons présenté une lettre de ma fille hospitalisée précisant que j’étais son référent. Devant le refus des infirmières, j’ai rencontré une personne de la direction qui m’a reçue et a convoqué le psychiatre. Celui-ci a alors dit que si je rencontrai ma fille, il ne l’accepterait pas dans son service et qu’elle devait accepter de sortir contre avis médical. Lorsque sa sœur et moi avons enfin pu la rencontrer, nous avons appris que depuis la veille, elle demandait à nous voir et qu’elle avait accepté de faire hospitaliser sans savoir qu’elle ne pourrait pas nous rencontrer. Nous sommes sorties au plus vite de cet hôpital.
L’état de ma fille demeurait très inquiétant. Sa souffrance était très importante et omniprésente, elle éprouvait le besoin d’une prise en charge hospitalière. Nous avons donc rencontré son médecin traitant qui lui a conseillé une clinique privée. L’hospitalisation de ma fille a eu lieu deux semaines plus tard. J’ai accompagné ma fille et, avec son accord, j’ai rencontré le psychiatre pour lui expliquer ce que ma fille avait subi. A ce moment là, elle avait des difficultés d’élocution proche du bégaiement et s’exprimait très difficilement devant d’autres personnes que sa famille. Néanmoins, je peux dire que ce monsieur était au courant de son vécu.
Ma fille était en attente de prise en charge psychologique et dés les premiers jours, elle me disait vouloir rencontrer la psychologue et participer à des groupes de paroles. Au bout de quelques jours je la vis de plus en plus diminuée. Elle ne pouvait plus parler. Elle n’avait plus le contrôle de la mâchoire inférieure et était visiblement la personne la plus médicamentée de la clinique. M’inquiétant, je réussis à avoir le psychiatre au téléphone qui me dit : « avant de rencontrer la psychologue il faut calmer l’anxiété de votre fille et nous soupçonnons une autre maladie car votre fille a des hallucinations.»
Le lendemain, je rencontre ma fille et lui pose quelques questions et là, elle me dit tristement : « on m’a dit que j’avais une autre maladie et que je devrais prendre des médicaments toute ma vie. Je n’ai pas osé te le dire mais j’ai des hallucinations ». Je continue à lui poser des questions sur ce qui s’est passé dans le service et sur le contenu de ses hallucinations. Je réalise alors trois choses : premièrement la fatigue de ma fille est telle qu’elle a de grandes difficultés pour s’exprimer et que ses crises de dissociation s’expriment de façon pauvre : « j’entends des voix, on crie sur moi, on va me tuer, les gens veulent m’agresser » puis les injections pour la calmer, l’endorment profondément. En second lieu, ma fille se croit folle, et n’est pas étonnée par le diagnostic à peine dissimulé, de schizophrénie, il fait écho à tous les étranges symptômes qu’elle dissimule depuis plusieurs années. Enfin en continuant à l’interroger, elle me décrit plus en détail le contenu de ces états et je réalise qu’ils correspondent tous à une réalité de son passé : la lecture de témoignages qui l’agressent, l’agression proprement dite, elle entend des phrases que j’ai lu dans le dossier, elle décrit des endroits précis (l’appartement, la gendarmerie) j’apprends aussi que personne dans la clinique ne lui a posé les questions que je lui pose. Je lui dis alors que ce qu’elle vit correspond à des souvenirs bien réels et que ce ne sont pas des hallucinations. Je lui conseille d’en parler à la psychologue ou au psychiatre. Durant les jours qui suivent ma fille essaiera en vain de rencontrer la psychologue. Elle tombera à plusieurs reprises avec une tension qui chute à 7. Elle garde encore aujourd’hui les cicatrices de ses chutes. En colère, elle se heurte à un des psychiatres et trouve l’énergie de sortir de la clinique une semaine plus tard après quinze jours d’hospitalisation. C’est la deuxième sortie contre avis médical.
Nous rencontrons son médecin traitant qui découvre que ma fille a un traitement extrêmement lourd : Risperdal à haute dose, Tercian, injections de calmant dont j’ai oublié le nom et arrêt des antidépresseurs. En une semaine, malgré le contexte psycho-traumatique, ma fille a été traitée pour schizophrénie. Son médecin traitant diminue les doses de Risperdal et la place sous antidépresseur avec des anxiolytiques. Nous trouvons un hôpital de jour à 50 km qui pratique des activités basées sur la voix et le chant. Cela aide beaucoup ma fille qui s’y rend une fois par semaine.
Le médecin traitant de ma fille lui fait lire le compte rendu fait par le psychiatre de la clinique : il évoque un contexte traumatique sans le lier réellement aux symptômes. Durant les mois qui ont suivi, ma fille a eu plusieurs épisodes dissociatifs devant moi. J’ai remarqué qu’ils étaient toujours déclenchés par une lumière particulière, une fenêtre. Je l’ai rassurée, je lui disais qu’il s’agissait de souvenirs, je lui ai demandé de dire ce qu’elle voyait et j’ai constaté à chaque fois qu’il s’agissait de souvenirs précis. Je l’ai aidée comme je pouvais à sortir de ces souvenirs, en se rappelant qu’elle était sortie de l’appartement où elle a été agressée, qu’elle était sortie de la gendarmerie où elle avait revu son agresseur. Je la guidai parfois pour trouver la porte. A chaque fois que je pouvais faire cela, elle se calmait progressivement et se sentait beaucoup mieux en revenant à elle.
Ma fille avait des épisodes où sa souffrance était insupportable et j’ai parfois tenté de lui obtenir de l’aide en allant aux urgences. Je croyais naïvement qu’on pourrait lui administrer un calmant pour atténuer momentanément sa souffrance. En rencontrant une infirmière, je posais simplement la question et elle me répondit : cela dépend de l’interne. Puis au fur et à mesure des questions qu’elle posait, je réalisais que l’on soupçonnait ma fille d’être en manque de drogue. Ce jour là ma fille sortit sans aucune aide. J’ai d’ailleurs pensé que si sa prise en charge n’était pas satisfaisante, celle des jeunes en état de manque ne devait pas l’être non plus et qu’il fallait être inhumain pour ne pas soulager de telles souffrances qu’elles soient dû à un état de manque ou à un traumatisme.
J’ai remarqué qu’il y avait un décalage important entre les émotions que ma fille ressentait et les manifestations anxieuses et j’ai tenté au quotidien de réduire ce décalage et de l’encourager à s’exprimer soit directement soit en écrivant pour ses rendez-vous avec sa psychologue.
Dans le même temps la juge d’instruction qui avait accepté immédiatement de rouvrir le dossier a demandé une nouvelle expertise psychologique. Cette dame a fait l’effort de chercher quelqu’un de compétent et nous avons dû faire 150 km pour nous rendre au rendez-vous…
Ma fille a ensuite tenté d’arrêter elle-même ses anti-dépresseurs et a fait une rechute au mois de juin, un peu avant la date anniversaire de son agression. Les anxiolytiques qui lui furent prescrit (Lysanxia puis Xanax) semblaient augmenter ses crises d’anxiété, qui étaient telles qu’elle perdait conscience durant plus d’une demi-heure. Elle a dû être mise sous oxygène par les pompiers à plusieurs reprises. Elle a été hospitalisée deux jours en psychiatrie. Là, elle a précisé qu’elle ne voulait pas de neuroleptiques et malgré cela, dés le premier jour elle en a eu associés à de l’Effexor et du Temesta. En sortant deux jours plus tard, son médecin traitant a commencé à être ébranlé par tant d’avis médicaux convergents (mais sans doute motivé par un seul dossier médical ) et a évoqué la nécessité de poursuivre le médicament prescrit. Ma fille avait eu des difficultés à arrêter le Risperdal quelques mois auparavant. Ses troubles par contre étaient apparus après l’arrêt des antidépresseurs et avec la prise de Lysanxia et de Xanax. Nous avons donc décidé de poursuivre uniquement le traitement par Effexor et Temesta. Celui-ci a beaucoup aidé ma fille. Elle a pu reprendre la lecture. Les crises d’angoisses sont gérables et baissent considérablement sous Témesta à dose correcte. En août ma fille a fait une cure à Néris-les-Bains. Les massages lui furent très bénéfiques.
Depuis le mois de septembre, elle est partie vivre la semaine chez son frère dans une ville à plus de 100 km pour reprendre une vie sociale avec des jeunes de son âge. Elle a entamé une formation pour s’orienter vers un BTS en alternance. Elle continue à voir très régulièrement sa psychologue. Elle avait décidé d’arrêter la procédure mais a été convoquée par la juge d’instruction. Elle vient d’apprendre qu’il n’est pas possible d’arrêter la procédure. Bien sûr elle n’a pas été bien. Elle a eu de nouveau des épisodes de souvenirs non maîtrisés mais elle a lu votre phrase : « des manifestations normales à une situation anormale »…elle a lu vos articles et elle est maintenant persuadée de ne pas être ni psychotique ni schizophrène.
Cela lui a permis de continuer son stage, de retourner chez son frère, d’être moins exigeante envers elle-même et en étant moins anxieuse devant les symptômes de son traumatisme, l’anxiété est globalement moins importante même si les circonstances restent difficiles.
Pour accompagner ma fille ces dernières années, j’ai été contrainte de me mettre en arrêt maladie. J’ai été plus d’un an avec la moitié d’un salaire, je suis en surendettement, j’ai fait le choix sans hésiter de sacrifier ma vie professionnelle. Pour garder les idées claires, je n’ai jamais pris de médicaments, j’ai pratiqué la brain-gym pour gérer la fatigue et le stress, j’ai dévoré des milliers de pages médicales en Français et en Anglais sur Internet. Le vide existant au niveau d’une bonne prise en charge médicale ne m’a pas laissé le choix, mais j’ai eu conscience que cette absence de prise en charge correcte constituait pour ma fille un traumatisme supplémentaire avec une nouvelle mise en danger, une perte de confiance en son environnement médical.
Souvent ma fille évoque les personnes agressées qui n’ont pas le soutien de leur famille ou pis encore, celles dont on met la parole en doute au sein même de la famille. Comment survivre ?
Bien sûr, j’ai eu le sentiment de prendre des risques en faisant confiance en mon intuition. Je suis certaine d’avoir fait des erreurs dans ce parcours pour lequel je ne m’étais pas préparée. Néanmoins le fait de voir ma fille s’exprimer, pleurer, rire, prendre de l’autonomie, choisir une direction est une joie pour moi. Les feux orange clignotant de l’inquiétude d’une maman sont toujours prêt à s’activer et, actuellement mon travail consiste à les entretenir à bon escient, c'est-à-dire être là quand il faut, seulement quand il faut.
Je me pose cependant une question, au niveau médical, quand je vois les études et les enquêtes sur les schizophrènes et les terrains à risque de cette maladie. Les études se situent toujours sur un diagnostic établi et que l’on ne remet pas en cause. Or le diagnostic ne s’appuie que sur une série de symptômes qui se répètent dans le temps. Si on prend pour exemple des personnes ayant subi un traumatisme, les symptômes de stress post-traumatique alliés à la mauvaise prise en charge de ces malades, et donc à la répétition de ceux-ci dans le temps, peuvent permettre de faire un diagnostic de schizophrénie erroné pour peu que l’on ne fasse pas de lien entre les états dissociatifs et les traumatismes antérieurs. Dans les mêmes enquêtes sur la schizophrénie on voit que les traumatismes durant l’enfance font partie d’un terrain favorable, ainsi que les facteurs environnementaux. Or en changeant de point de vue, il semble légitime de se demander si tous les schizophrènes diagnostiqués dans ce cas ne sont pas des personnes souffrant de SPT.
De même on parle des effets du cannabis à forte dose, je suis bien sûr persuadée que cette substance est nocive, néanmoins on peut remarquer également que la souffrance due au stress post-traumatique favorise la prise de drogue ou d’alcool pour soulager cette souffrance. Il n’est donc pas inopportun de penser qu’un certain nombre de ces schizophrènes diagnostiqués sont des personnes victimes de traumatismes non pris en charge, et dont l’état s’est détérioré avec la prise de ces substances. Ce qui me semble dramatique c’est la difficulté pour remettre en question des diagnostics établis. Il semble difficile de faire part de mon sentiment voire de l’expérience de ma fille sur le net sans risquer de donner de faux espoirs à de vrais malades, ce qui serait désastreux voire dangereux. J’ai essayé d’en parler avec le psychiatre qui avait suivi ma fille à la clinique mais il était tellement difficile pour lui de remettre en cause son diagnostic et tellement facile pour lui de penser qu’une mère qui refuse le diagnostic est une chose tellement courante, normale, compréhensible, que j’ai bien vu qu’il ne m’écoutait pas.
Alors la seule solution que je vois, est de vous écrire mon simple avis, peut-être pourrez vous grâce à vos formations permettre à vos confrères d’éviter des épidémies de schizophrénie, de psychotiques hypermédicamentés (je me demande d’ailleurs si certains laboratoires n’ont pas un intérêt financier à favoriser cette épidémie, à financer des enquêtes). Vous pouvez utiliser mon témoignage comme vous le désirez pour favoriser la création de centre d’accueil pour les victimes ce qui me semble la solution la plus satisfaisante pour elles.
Avec tous mes remerciements pour votre action,

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TÉMOIGNAGE : VICTIME D'UN MÉDECIN VIOLEUR EN SÉRIE

Témoignage effarant et très émouvant d'une patiente victime d'un médecin violeur en série, condamné par la Cour d'Assises à 15 ans de réclusion criminelle pour le viol de neuf patientes dont deux mineures de 13 et 15 ans (d'autres victimes avaient porté plainte mais les faits étaient soit prescrits, soit avec insuffisamment de preuves) et remis en liberté 7 mois après en attendant le procès d'appel

Cette victime a mis en ligne une pétition à signer : "Attention à la remise en liberté du violeur !" : http://lapetition.be/en-ligne/petition-9213.html

Un "médecin" des Vosges a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle par la Cour d'Assises d'Epinal le 10 juin 2010 pour avoir drogué et violé plusieurs de ses patientes !! 7 mois après, il est LIBRE en attendant le procès en appel !!! Son dossier serait égaré !!! 
La récidive existe, l'actualité le montre encore une nouvelle fois avec le cas de la jeune Laëtitia de Pornic !! 
Soutenez les victimes de viols, d'agressions sexuelles et de toutes violences !! 
Merci à vous tous.

Bonjour à toutes et tous,
 je prends mon courage pour ENFIN ECRIRE ma triste histoire.

J’ai subi des attouchements régulièrement par mon père et il m’a violée à l’âge de 6 ans… J’étais consciente mais sans défense. Ne sachant pas ce qu’il m’arrivait.
J’ai pu parler de ce viol plus de 27 ans après, mais on ne m’a JAMAIS crue !!
 Une de mes sœurs sait ce qu’il s’est passé cette nuit là… mais elle a enfoui cette « histoire » au fond d’elle et n’a jamais voulu en parler… elle admirait son père… (notre mère était hospitalisée !). 
Celui-ci est décédé et c’est donc après sa mort que j’ai pu en parler. Il m’avait dit que si je parlais, il m’étranglerait. 
J’ai pu me confier à des amies très proches et j’ai réussi à en parler à mon médecin qui
« sentait » bien qu’il s’était passé quelque chose dans mon enfance. 
Ensuite, j’ai essayé de me reconstruire tout doucement mais sans JAMAIS oublier ni pardonner. 
J’ai eu le bonheur d’avoir une fille mais que j’ai élevé seule. 
Et je n’ai jamais voulu un homme en permanence dans ma vie car je ne voulais surtout pas que ma fille subisse mon calvaire. 
Je pensais que ma reconstruction allait continuer et que j’allais enfin VIVRE une vie normale… ou presque… 
La suite est très difficile à écrire… 
En 2002, je découvre ma voisine, pendue à son domicile. Un choc !! Je suis même convoquée à la police l’AM car j’ai déplacé le tabouret et il fallait que j’explique pourquoi. 
Je passe une journée très éprouvante. 
Je rentre en soirée chez moi, je prends une douche et vais m’allonger (en pyjama- pantacourt), et je « raconte » à ma fille tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai vécu dans la journée. A un moment, je me mets à trembler, avoir du mal à respirer… et ma fille (19 ans) décide d’appeler le médecin traitant (celui à qui j’avais confié mon passé quelques années plus tôt !). 
Le médecin arrive et dit à ma fille que je suis en état de choc, que je viens de vivre un gros traumatisme. Il lui demande de rester au salon et ferme la porte de ma chambre. 
Pendant quelques minutes, entre deux sanglots, je lui explique ce que je viens de vivre, la pendaison de ma voisine, la convocation à la police, le funérarium….
Il me dit qu’il va me faire un calmant… Il m’injecte une première piqûre intraveineuse mais la veine claque… Je le sens nerveux… Il descend chercher une autre mallette de soins dans sa voiture garée juste devant la maison.
 Il revient dans ma chambre SEUL après avoir expliqué de nouveau à ma fille qu’il allait m’injecter un calmant pour m’aider à me détendre et dormir. 
Je le vois préparé des flacons, 7 ou 8 ampoules au total. Je lui demande alors ce qu’il va me faire et il me répond « UN COCKTAIL » !!!! Ce mot résonne dans ma tête lorsque je le vois s’approcher de mon bras droit et piquer la veine. J’ai alors senti une chaleur dans tout mon corps (je croyais même uriner dans mon lit !) et j’ai sombré dans un sommeil comme une anesthésie… (je sais de quoi je parle, j’en ai subi plusieurs !!) puis plus rien. 
A un moment, je me « réveille » car je sens un poids sur moi mais il m’est impossible de bouger, impossible de me défendre… je suis UNE POUPÉE DE CHIFFON !!Je vois le médecin sur moi et plus rien… 
Ensuite des flashs… toujours ce poids sur moi, et ensuite une impression de « mouillé » sur mon visage… Et toujours cette impossibilité de parler, de bouger !!!
 Je me réveille 2 heures après environ… Complètement droguée, je raconte n’importe quoi à ma fille… Tout est incohérent !!! Je me sens toute bizarre, je me sens salie… Je demande à ma fille ce que le docteur m’a fait ? Où sont les ampoules de produits injectés ???? Ma fille ne retrouve rien ni dans la chambre, ni à la salle de bain. 
Je veux ensuite me lever pour aller aux toilettes et je tombe… mes jambes ne supportent plus mon corps… ma tête tourne… 
Ma fille m’accompagne aux toilettes et me ramène dans mon lit… Je lui demande si le docteur lui a demandé un gant de toilette ou une serviette mouillée. Mais elle me répond : « NON, il ne m’a rien demandé. Simplement de rester au salon car il fallait qu’il te parle, tu étais en état de choc ! ».
 Puis mon état d’inconscience s’est estompé très lentement le lendemain. Et nous n’avons plus parlé de cet « épisode » avec ma fille, d’autant plus qu’elle partait s’installer à l’autre bout de la France pour ses études.
Trois semaines après… j’ai RV chez ce médecin pour mon traitement mensuel ( maladie de l’intestin) , il me demande comment je me sens suite au suicide de ma voisine. Et alors, je lui demande : « Docteur, qu’est ce vous m’avez injecté, nous n’avons pas retrouvé les ampoules à la maison et je commence à lui dire les images, les flashs, tout ce que j’ai ressenti !!! »
. Il me répond tout simplement de ne pas m’inquiéter, que c’est le mélange des produits, qu’il a été obligé de me faire une dose de cheval car j’étais dans un tel état de choc… et que c’était l’histoire de mon père qui remontait à la surface. Je pleure, je m’excuse, je ne sais plus quel mot lui dire pour m’excuser d’avoir pu penser un instant qu’il aurait pu me faire du mal. Je lui fais tellement confiance que je continue à le consulter régulièrement. 
Je précise que JAMAIS ce médecin n’a eu un geste ou une parole déplacée envers moi !!
 Les semaines passent… Ma fille est dans le Sud, je suis seule. Je déménage ce qui me permet aussi de penser moins à cette voisine disparue tragiquement. 
Je me sens très fatiguée, je fais une grosse poussée de recto-colite hémorragique, j’ai mal dans tout le bas du dos et des douleurs atroces dans le rectum. 
Je suis hospitalisée. Le gastro-entérologue m’adresse même à des spécialistes dans différents hôpitaux parisiens. 
Qu’est ce qui a fait déclencher une telle poussée de recto-colite hémorragique ????
 Je me souviens même d’une question posée par un spécialiste à Paris « Madame, c’est très délicat comme question, mais avez-vous subi des abus sexuels ??
 Je réponds tout de suite OUI, à l’âge de 6 ans, par mon père. le spécialiste hoche la tête et dit que c’est hélas courant ce genre de poussées inflammatoires dans le cas d’abus sexuel.
Je me remets doucement presque 19 mois après…. 
En 2006, un article sur le journal annonce qu’un médecin de la région a été arrêté suite à deux plaintes de patientes qui ont été droguées et violées. Aucun nom ne figurait sur le journal, mais je suis certaine que c’est MON MEDECIN et je revois toutes les images enfouies au plus profond de moi. 
J’en parle à une amie décédée aujourd’hui, et à une autre amie. Je leur explique le soir du suicide de ma voisine, l’arrivée du médecin, le trou noir, les images, ces flashs… Et ces différentes interrogations par la suite jusqu’au moment où le médecin m’avait rassurée à sa façon… 
Le lendemain AM, ma fille me téléphone, elle pleure. Je lui demande ce qu’il se passe et elle me dit qu’elle a appelé sa « mamie » et que celle-ci lui avait lu l’article du journal concernant l’histoire de ce médecin. 
C’est alors que je m’empresse de demander à ma fille si elle a subi quelque chose par NOTRE MEDECIN… et elle me répond « Non, Maman… pas moi… Mais toi, oui, j’en suis sûre !! le soir où la voisine s’est pendue… Et elle me raconte en détail ce qu’elle a vécu et ressenti ce soir là… Le médecin lui demandant de rester au salon, qu’il devait me parler… que j’étais en état de choc…
 Elle nous a entendu parler seulement quelques minutes avant qu’il aille chercher son autre mallette de soins… et plus rien…
 Elle me dit être venue plusieurs fois derrière la porte de ma chambre, elle n’entendait pas de voix… mais des bruits bizarres… des grincements, des bruits de couette… que le médecin était resté environ 2 heures au domicile… 
Et elle me demande de me souvenir dans quel état j’étais après cette injection. 
Elle me dit, tu as voulu te lever, tu es tombée et Maman, tu étais nue, les draps, la couette étaient en boule sur ton lit, le bas de ton pyjama était dans le fond du lit…
TOUS LES DÉTAILS QU’ELLE ME CITAIT FAISAIENT RESSURGIR EN MOI TOUTES CES AFFREUSES IMAGES ET SENSATIONS……
Nous parlions bien toutes les deux du même soir. 
Je prends alors conscience que ce médecin, cet homme à qui je faisais confiance, m’a doublement trahie !!!
 Ma fille téléphone directement à la Police et donne son témoignage. Moi, je suis convoquée le lendemain et j’explique ce que je peux expliquer. J’apprends alors que d’autres victimes portent plainte. Toutes racontent la même histoire !!! Nous sommes plusieurs victimes de ce généraliste et le procès vient d’avoir lieu aux Assises…. A l’époque des faits, deux jeunes mineures de 13 et 15 ans subissent cet enfer avec ce médecin !!!
Toujours le même mode opératoire, il profitait de la vulnérabilité de ses patientes et leur injectait du Valium et autres produits divers…pour abuser d’elles…
Jusqu’à la fin de mon témoignage au Tribunal, j’ai cru qu’il allait avouer… me dire ce qu’il m’avait fait et pourquoi ???? MAIS RIEN !!! A la fin de la plaidoirie de son avocat, le président lui demande s’il a des questions. 
Il se lève et dit juste avoir une parole destinée à ma fille pour lui dire de ne pas culpabiliser, et en ajoutant que :
 Si elle avait ouvert la porte de ma chambre, elle aurait vu le médecin faire une piqûre à sa maman, lui essuyer ses larmes, lui tenir la main, car elle était terrorisée suite à ce traumatisme. 
Alors que je sanglotais dans cette salle d’audience, en criant c’est faux !!!
 il a ajouté :
 Si elle avait ouvert la porte et qu’elle avait vu un violeur, elle n’aurait rien pu y faire !… 
Ces dernières paroles, ces derniers mots résonnent dans ma tête. 
Qu’a-t-il voulu dire ? Et pourquoi, juste des mots pour ma fille et moi ??? J’espère encore et toujours qu’il avouera et m’expliquera ce qu’il m’a fait et pourquoi.

Cet homme vient de prendre 15 ans de prison pour 9 viols reconnus et une interdiction d’exercer la médecine. Combien de personnes n’ont pas osé se confier ??

Est-ce que l’emprisonnement lui sera bénéfique ? N’y a-t-il pas obligation de soins ??? Sortira t-il plus tôt pour bonne conduite ? 
Recommencera t-il ?
 Y aura-t-il encore et encore d’autres victimes ???? 
Je ne peux pas et ne veux pas y croire !!!
 Voilà ma triste histoire ! Ma triste vie ! 
Comment refaire confiance ? 
Comment se reconstruire après de telles épreuves ????
 Merci à vous toutes et tous d’avoir pris le temps de me lire. 
J’ai essayé par ces mots, DE TENTER DE SOULAGER MA GRANDE PEINE !!! 
A toutes les victimes d’attouchements, d’abus sexuels ou de viols.

SVP, PARLEZ, CONFIEZ -VOUS !!

Juillet 2010

La suite, le procès a eu lieu, 15 ans de réclusion criminelle et 7 mois plus tard, ce violeur est libre !! dossier égaré, nouvel avocat… Je n'en peux plus, je ne crois plus en rien… 

Que devons nous espérer, nous, toutes les victimes de ce violeur ???

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